Swisseco n° 36

Son Excellence Monsieur Valentin Zellweger, le nouvel ambassadeur de la Suisse au Maroc
« Il y a une marge de progression pour augmenter les échanges entre nos deux pays, et c’est clairement l’une de mes priorités… »
Son Excellence Monsieur Valentin Zellweger, le nouvel ambassadeur de la Suisse au Maroc, incarne l’élégance discrète d’un diplomate rompu aux subtilités de son métier. À travers ses mots, un équilibre se dessine entre les enjeux stratégiques de sa fonction et des passions insoupçonnées qui nourrissent son quotidien. Nous avons eu l’occasion d’échanger avec lui dans son bureau pour découvrir son parcours qui l’a mené de Nairobi à Rabat, mais également les principaux chantiers qu’il souhaite mener lors de sa mission. Nous avons également parlé de musique, de souvenirs d’enfance et de projets familiaux futurs… Portrait.
Au début de sa jeune carrière de juriste en droit international, SE M. Valentin Zellweger a foulé le sol kényan pour y occuper son premier poste. Il rêvait de revenir en terres africaines après cette première expérience réussie, mission accomplie puisqu’il a servi, ces quatre dernières années, en tant qu’Ambassadeur de Suisse au Kenya, Burundi, Rwanda, en Somalie et en Ouganda. Il a également été Représentant Permanent de la Suisse au Bureau des Nations Unies basé au Kenya. Arrivé au Maroc à l’automne 2024, SE M. Valentin Zellweger entend articuler sa mission autour de trois objectifs : défendre les intérêts suisses, intensifier les liens entre le Maroc et la Suisse et davantage faire connaître le Maroc en Suisse.
Dès son arrivée au Maroc, il a immédiatement été frappé par l’optimisme des Marocains et le potentiel du pays. « Je trouve que le Maroc, tout comme d’autres pays africains, possède un grand potentiel pour l’avenir, porté par une population jeune et dynamique et un développement économique qui continue de croître », souligne-t-il. Cet optimisme nourrit ses ambitions pour les relations entre la Suisse et le Maroc, notamment dans le domaine économique, où il souhaite intensifier les échanges commerciaux qui s’élèvent actuellement autour des 800 millions de francs suisses. « Il y a une grande marge de progression pour augmenter les échanges, et c’est clairement l’une de mes priorités », ajoute-t-il. Le gouvernement suisse a d’ailleurs récemment fait du Maroc un partenaire stratégique en le plaçant sur la liste des pays prioritaires. « Cette décision nous permet désormais d’intensifier notre coopération avec le Maroc dans le secteur de la compétitivité, de la création d’emplois et du renforcement de la résilience de l’économie marocaine », explique l’Ambassadeur.
Au-delà des relations économiques, SE M. Valentin Zellweger porte également le flambeau des enjeux politiques après les nombreuses initiatives entreprises par les deux pays, notamment la déclaration conjointe de 2021.
Un parcours international nourri par la découverte
Son parcours professionnel est aussi celui d’un homme passionné par la découverte et les cultures du monde. Ses premières expériences en Asie, notamment lors de deux longs voyages en Chine et au Tibet, puis en Inde et au Pakistan et tout autour du sous-continent indien, dans les années 80, marquent un tournant dans sa carrière, l’orientant vers le droit international. « Ces voyages ont profondément façonné ma vision du monde et m’ont motivé à poursuivre une carrière qui me permettrait de comprendre les dynamiques globales », explique-t-il. L’Afrique, et plus particulièrement le Maroc, représente pour lui un carrefour unique de cultures et d’influences : « Le Maroc est un modèle d’ouverture et de gestion de cette richesse culturelle. C’est un exemple que la Suisse connaît bien, à une échelle différente ».
Le Maroc dans ses souvenirs d’enfance
L’histoire de SE M. Valentin Zellweger avec le Maroc commence bien avant son arrivée à Rabat. Enfant, dans les années 60-70, il grandit dans une maison où l’histoire familiale est liée à un goût prononcé pour les cultures lointaines. « Mon ancêtre, architecte de profession, était celui qui avait dessiné la maison dans laquelle nous vivions. C’était un homme de goût, et à travers les objets qu’il rapportait de ses voyages au Maroc, c’est toute une époque qui se dessine », raconte-t-il. Ces objets – des fez, des pièces en zelliges, des boiseries finement sculptées – deviennent pour lui une porte d’entrée dans un Maroc à la fois lointain et fascinant. « Le Maroc, pour moi, est devenu un lieu de rêve, bien différent de ce que j’avais connu. Et c’est de là qu’est certainement née ma passion pour le voyage et la découverte de nouvelles cultures », se remémore-t-il.
C’est cette idée même de carrefour des cultures qui l’interpelle le plus dans sa vision du Maroc. Un pays où les influences arabo-berbères, andalouses, africaines et juives se croisent et se mélangent harmonieusement. « Ce qui me touche particulièrement, c’est la manière dont le Maroc a su préserver et faire fructifier cette diversité. C’est un modèle d’ouverture et d’intégration », souligne-t-il.
Lors d’un de ses déplacements à Essaouira, il a été témoin du dialogue musical entre l’Andalousie et le Maroc, un autre point de rencontre qu’il trouve particulièrement inspirant. « J’ai eu la chance de découvrir les liens entre la musique andalouse et la musique marocaine au Festival des Andalousies Atlantiques. Cette rencontre des cultures par le biais de la musique m’a beaucoup marqué », raconte-t-il. Au prochain Festival Gnaoua, au mois de juin, il se réjouit d’avance d’en apprendre davantage sur l’africanité du Maroc, un thème qui nourrit également sa curiosité.
L’importance de la famille et des voyages
Au-delà de ses responsabilités diplomatiques, SE M. Valentin Zellweger est marié et père de deux filles qu’il est fier de voir s’épanouir et réussir dans leurs carrières respectives. « La famille est ma plus grande fierté. J’ai hâte de découvrir le Maroc avec mon épouse et mes filles », confie-t-il. En effet, les voyages et la musique sont quelques-unes de ses plus grandes passions. Il aime s’immerger dans les cultures locales et comprendre les différentes manières d’affronter la vie. Côté musique, il reste fidèle à Bob Dylan, l’artiste qui l’a accompagné tout au long de sa vie. Et, depuis son arrivée au Maroc, ce passionné d’instruments à cordes, qui a notamment joué de la guitare, est tombé sous le charme des sonorités du Oud, qu’il écoute dans sa voiture comme à la maison : « La musique est pour moi un véritable pont entre les cultures, et j’ai hâte d’explorer davantage les différentes facettes de la musique marocaine ».
Un regard sur la Suisse : se connaître à travers l’ailleurs
Lorsqu’on lui demande si la vie en Suisse lui manque, il répond avec conviction : « Non, en réalité, c’est en étant loin que l’on apprend à mieux connaître son pays. L’expérience internationale nous permet d’avoir un regard neuf sur ce que l’on est et ce que l’on représente ». Une façon d’en apprendre davantage sur la Suisse, de comprendre encore plus ses valeurs, son rôle en Europe et son engagement sur la scène internationale et de mieux la représenter sous d’autres cieux.
Portrait chinois :
- Si vous étiez une couleur, laquelle seriez-vous ? Le vert, car il symbolise la nature, la fertilité, l’espoir et l’optimisme.
- Un pays ? La Suisse.
- Un plat? Un plateau de fruits, de saison idéalement.
- Un moment de la journée ? J’aime beaucoup le matin, quand le monde se réveille, quand je pense à la journée à venir et que je profite du calme du commencement.
- Un animal ? Un oiseau migrateur, pour sa légèreté et sa liberté.
- Un symbole de la Suisse ? La démocratie directe, où le peuple a toujours le dernier mot.
- Un super pouvoir ? La paix et la prospérité pour tous.
- Un livre ? Heart of Darkness de Joseph Conrad, Je l’ai lu au minimum 5 fois.