Swisseco n° 45

Dr Myriam Belghazi Nciri — Fondatrice de Dar Zhor
« La médecine traite la maladie ; l’accompagnement aide la personne à continuer à vivre. »
Médecin de formation, ancienne patiente devenue actrice du changement, le Dr Myriam Belghazi Nciri consacre, depuis plus de vingt ans, son parcours à une conviction simple : prendre soin ne se limite pas à traiter une maladie. À travers l’Association Marocaine d’Hypnose Clinique puis Dar Zhor, première maison marocaine dédiée aux soins de support en cancérologie, elle œuvre à replacer la qualité de vie, l’écoute et l’accompagnement humain au cœur du parcours de soins. Portrait d’une femme qui construit des passerelles entre la science et l’humain.
Il y a des vocations qui naissent d’un choix. D’autres prennent racine dans une épreuve. Pour le Dr Myriam Belghazi Nciri, tout commence l’année de son baccalauréat. Alors qu’elle envisage d’intégrer une classe préparatoire, son père décède d’un cancer. « J’ai alors vécu ce que traversent tant de familles : l’impuissance face à la maladie et cette souffrance humaine qui semble parfois rester sans réponse. C’est probablement là qu’est née ma vocation. », déclare-t-elle. Elle choisit finalement les études de médecine à Bordeaux avec l’espoir de mieux comprendre et de mieux accompagner les malades. Elle y découvre une médecine empreinte de rigueur scientifique, mais aussi les limites d’une approche parfois centrée sur la maladie alors que, comme elle le rappelle, « c’est toute une personne qui souffre ».
Quand la patiente rejoint le médecin
Après plusieurs années passées dans l’industrie pharmaceutique, la vie la place à son tour de l’autre côté du soin. En 2006, elle est confrontée à un cancer. Une épreuve personnelle qui agit comme un révélateur et ravive des interrogations déjà anciennes sur le sens du soin et les ressources qui permettent de traverser la maladie. « Cette épreuve a ravivé les questions qui m’habitaient depuis longtemps sur le sens du soin, la qualité de vie et les ressources qui permettent de traverser la maladie. », ajoute-t-elle.
Commence alors un véritable voyage d’exploration. Elle découvre les travaux de David Servan-Schreiber, Thierry Janssen et de nombreux auteurs qui s’intéressent à la résilience, à la qualité de vie et à l’accompagnement des personnes malades. Cette quête l’oriente également vers le coaching puis vers l’hypnose médicale, qu’elle choisit d’étudier à Paris.
Convaincue de l’intérêt de ces approches complémentaires, elle crée en 2010 l’Association Marocaine d’Hypnose Clinique (AMHYC), avec l’ambition de contribuer à leur diffusion auprès des professionnels de santé marocains. « Soigner ne se résume pas à traiter une maladie. La qualité de vie, l’écoute et l’accompagnement humain font pleinement partie du soin. »
Dar Zhor, née d’une conviction
Au fil de cette exploration, une évidence s’impose. Si la médecine soigne, l’accompagnement permet de préserver la qualité de vie, de rompre l’isolement et de redonner aux patients les ressources nécessaires pour traverser l’épreuve. Une conviction qui trouvera quelques années plus tard une traduction concrète.
Cette conviction prend corps en 2016 avec la création de Dar Zhor.
Au fil de ses recherches, le Dr Myriam Belghazi Nciri visite plusieurs structures pionnières en France. Elle y découvre une approche profondément humaine, complémentaire aux traitements médicaux et fondée sur des données scientifiques solides. Elle réalise alors qu’un tel dispositif n’existe pas encore au Maroc.
Avec deux amies ayant elles aussi traversé un cancer, elle fonde Dar Zhor avec une ambition simple : « Offrir aux personnes touchées par le cancer un lieu où l’on prend soin de la personne autant que de la maladie. »
Aujourd’hui, Dar Zhor est devenue la première maison marocaine dédiée aux soins de support en cancérologie. Son modèle repose sur une approche globale associant soutien psychologique, activité physique adaptée, nutrition, hypnose, groupes de parole, art-thérapie et accompagnement des proches aidants.
Quand l’entreprise devient partenaire du soin
Dar Zhor s’est construite progressivement, portée par une petite équipe permanente et près de quarante professionnels bénévoles réunis autour d’une même vision : accompagner la personne dans sa globalité.
Pour transformer cette ambition en réalité, il a également fallu convaincre des partenaires prêts à soutenir un modèle encore inédit au Maroc. « Les premiers partenaires qui nous ont fait confiance ont été plusieurs laboratoires pharmaceutiques internationaux engagés dans la lutte contre le cancer, notamment des groupes suisses comme Roche et Novartis. » Leur soutien a permis de financer les premières actions de sensibilisation et d’accompagnement, contribuant à faire émerger une approche innovante de la prise en charge du cancer.
Près de dix ans après sa création, Dar Zhor a démontré la pertinence de son modèle. L’enjeu est désormais de changer d’échelle en développant progressivement d’autres maisons dans les principales villes du Royaume.
Mais cette ambition fait aussi face à la réalité du financement. « Chaque année, nous devons consacrer une énergie considérable à rechercher les ressources nécessaires à notre fonctionnement. » Pour la fondatrice de Dar Zhor, le défi est davantage de continuer à soutenir cette approche et de lui donner les moyens de grandir. Cela suppose de renforcer les partenariats avec les entreprises et les institutions qui partagent cette vision d’une santé davantage centrée sur la personne et la qualité de vie.
Des résultats qui donnent du sens
En 2025, Dar Zhor a accompagné 450 bénéficiaires à travers 623 ateliers et consultations animés par près de quarante professionnels bénévoles notamment pour la campagne de 2024. Mais l’une des avancées majeures du projet réside dans la démonstration scientifique de son impact. Une étude psychosociale rigoureuse a mis en évidence une amélioration significative de la qualité de vie des bénéficiaires, avec notamment une diminution du stress, de l’anxiété, de la fatigue, du sentiment d’isolement et de la douleur.
Présentés en 2025 lors des congrès internationaux MASCC et ASCO aux États-Unis, ces résultats constituent la première évaluation scientifique d’un parcours de soins de support réalisée au Maroc.
Pour le Dr Myriam Belghazi Nciri, cette reconnaissance conforte sa conviction : lorsqu’un accompagnement structuré et humain complète les traitements médicaux, il améliore concrètement le vécu des patients.
Rendre visibles les oubliés du cancer
Parmi les combats qu’elle porte aujourd’hui figure celui des proches aidants. « Le cancer ne touche jamais une seule personne. Lorsqu’un diagnostic tombe, c’est tout un équilibre familial qui vacille. » Pour elle, accompagner les proches n’est pas un sujet secondaire. Ces derniers deviennent souvent les coordinateurs invisibles du parcours de soins, au prix parfois de leur propre équilibre physique et psychologique.
Le même constat guide aujourd’hui les actions menées autour du thème « Cancer et Travail », afin de sensibiliser les entreprises aux réalités vécues par les patients et de favoriser une meilleure inclusion professionnelle des personnes touchées par la maladie. Son ambition est de faire reculer les préjugés pour permettre aux personnes concernées de conserver pleinement leur place dans la société et dans le monde du travail.
Et lorsqu’on lui demande où elle puise son équilibre, elle nous confie : « Je le trouve dans les moments simples : ma famille, la lecture, l’écriture et les rencontres humaines. » Une philosophie de vie nourrie par une conviction qui l’accompagne depuis longtemps : « Même dans les épreuves les plus difficiles, il existe toujours un chemin de croissance et de sens. »
Une phrase qui résume sans doute le mieux son parcours personnel autant que l’histoire de Dar Zhor.
Portrait chinois :
Si vous étiez…
– Une couleur, laquelle seriez-vous et pourquoi ? Le bleu. Pour la sérénité, l’espérance et l’immensité des possibles.
– Un pays, lequel seriez-vous ? Le Maroc. Mes racines, mon enfance, mon amour et mon engagement.
– Une personnalité ? Ces personnes qui croisent notre route et changent parfois une vie par leur regard, leurs paroles ou leur présence.
– Un animal… ? Pégase, le cheval ailé. Symbole de liberté, d’élan et de dépassement de soi.
– Un objet connecté ? Une fibre optique. Invisible, mais capable de faire circuler les idées, les connaissances et les émotions.
– Un super pouvoir ? Être un vecteur. Faire circuler les rencontres, les savoirs et parfois un peu de lumière d’une personne à une autre.
– Une chanson ? La Symphonie des éclairs de Zaho de Sagazan, pour sa manière de parler de nos fragilités et des transformations qui nous font grandir.