Swisseco n° 44

Leila Jebbari, Managing Director Morocco — Cicor Group
« La légitimité ne se revendique pas, elle se construit par l’impact, les résultats et la constance. »
Ingénieure de formation, dirigeante par conviction, Leila Jebbari a fait de la transformation son terrain de jeu naturel. À la tête de Cicor Maroc depuis juillet 2025, elle incarne une génération de leaders qui ne choisissent pas entre exigence et humanité, et qui avancent avec la même clarté dans la complexité industrielle que dans la conduite des femmes et des hommes qui les entourent. Portrait.
Derrière le parcours de Leila Jebbari, une constante s’impose : la transformation comme fil conducteur. Tout commence chez Dell où elle travaille sur des projets Six Sigma — optimisation des process, réduction des défaillances, culture de l’excellence opérationnelle. Elle rejoint ensuite Intelcia et occupe progressivement des responsabilités multi-pays, pilote des transformations post-acquisition et manage plusieurs milliers de collaborateurs, dans des contextes multiculturels exigeants. Mais, c’est chez Schneider Electric que le tournant stratégique s’opère. Elle prend la direction de ce géant de la gestion d’énergie et de l’automatisme au Maroc et en Mauritanie, dans un contexte post-COVID, pour relancer la croissance, restaurer la rentabilité et accélérer la transformation digitale. Elle devient à cette occasion la première femme marocaine à diriger une multinationale dans le secteur de l’énergie et de l’ingénierie. Elle n’en porte pas moins un regard lucide sur l’évolution de la place des femmes dans les fonctions de direction. Si les lignes bougent et que leur présence devient de plus en plus visible, y compris dans des secteurs historiquement masculins, les écarts restent réels, notamment dans les métiers techniques et industriels. Pour elle, les freins sont à la fois structurels et culturels, et commencent bien en amont, dès l’accès aux filières scientifiques. Pour Leila Jebbari « la légitimité ne se revendique pas, elle se construit par l’impact, les résultats et la constance ».
Au-delà des symboles, elle insiste sur la responsabilité des dirigeantes à ouvrir la voie, à rendre leurs parcours plus visibles et à encourager davantage de femmes à s’y projeter.
À la tête de Cicor Maroc depuis juillet 2025, elle aborde sa fonction avec la même clarté qui la caractérise : ancrer une performance durable et positionner l’organisation comme une plateforme industrielle de référence au sein du groupe suisse.
Le leadership comme levier
Avoir traversé des secteurs aussi variés que les télécommunications, les services ou l’énergie a permis à Leila Jebbari de développer une capacité d’adaptation forte. Pour elle, le rôle du dirigeant dépasse largement la connaissance d’un secteur. « Ce qui fait la différence, c’est la capacité à comprendre rapidement un environnement et à mobiliser autour d’une vision claire », déclare-t-elle. Ces expériences ont forgé une conviction : dans des contextes incertains, l’enjeu est d’aligner stratégie, exécution et engagement humain. Une exigence qui se révèle particulièrement dans les phases de transformation, où la qualité du leadership conditionne la capacité d’une organisation à rebondir.
Cicor Maroc : performance et projection industrielle
Dans un contexte marocain porté par l’essor industriel et les ambitions de souveraineté, les opportunités sont réelles : automobile, aéronautique, électronique, grands projets structurants. Et pour la Directrice Générale de Cicor Maroc, l’enjeu est de « transformer ces opportunités en croissance concrète et durable, en alignant stratégie, capacités industrielles et engagement des équipes ». À Cicor Maroc, Leila Jebbari s’est fixé un cap articulé autour de trois priorités structurantes : renforcer l’excellence opérationnelle en consolidant les standards de qualité et de performance ; accélérer le développement commercial en se positionnant sur des segments à plus forte valeur ajoutée ; et structurer une organisation capable d’accompagner cette montée en puissance, en alignant compétences, processus et équipes autour d’un projet commun.
Le lien avec l’écosystème suisse, via Cicor et la Chambre de Commerce Suisse au Maroc, s’inscrit naturellement dans cette trajectoire. Elle y voit un cadre d’exigence partagée, une culture industrielle rigoureuse et un réseau bilatéral qui crée des passerelles concrètes entre des écosystèmes complémentaires.
Exigence, confiance et responsabilité
Sa culture managériale repose sur un équilibre : performance et responsabilisation. Clarté des objectifs, culture forte du résultat, mais aussi confiance et droit à l’initiative. Elle est convaincue que les meilleures performances viennent d’équipes engagées, qui comprennent le sens de ce qu’elles font et qui ont l’espace pour agir. Les valeurs qui la guident : responsabilité, transparence, cohérence entre ce que l’on dit et ce que l’on fait — elle les applique d’abord à elle-même. Dans un environnement en mutation permanente, elle résume ainsi le rôle du dirigeant : « Aligner stratégie, exécution et engagement humain. C’est là que tout se joue. »
Un équilibre construit dans la durée
Derrière la dirigeante, Leila Jebbari revendique une forme d’équilibre construite avec lucidité. En dehors de ses fonctions, elle accorde une place importante à des temps de recul, notamment à travers la lecture, avec un intérêt marqué pour les questions de leadership, d’économie et de transformation des organisations. Elle reste également très attachée à sa sphère personnelle, et en particulier à ses enfants, qu’elle considère comme un ancrage essentiel dans la durée.
Dans un quotidien marqué par l’intensité des responsabilités, elle ne croit pas à une séparation stricte entre vie professionnelle et vie personnelle, mais plutôt à une discipline d’organisation et à une capacité à prioriser. Créer des espaces de respiration devient alors une condition de performance. Une approche cohérente avec sa vision du leadership : exigeante, mais consciente que la durabilité passe aussi par l’équilibre.
Portrait chinois :
Si vous étiez…
– Une couleur, laquelle seriez-vous et pourquoi ? Le bleu. Une couleur qui évoque à la fois la clarté, la profondeur et la stabilité. Elle traduit une manière d’aborder le leadership avec recul et sérénité, en apportant de la lisibilité dans des environnements complexes.
– Un pays, lequel seriez-vous ? L’Islande, un territoire discret mais solide, marqué par la résilience et l’équilibre. Un pays où l’on avance avec constance, en gardant le cap face aux contraintes.
– Une personnalité ? Nelson Mandela, pour sa capacité à conjuguer fermeté et dialogue, et à transformer une vision en réalité dans des contextes complexes. Une figure qui incarne un leadership à la fois structurant et fédérateur.
– Un animal… ? L’aigle, pour sa hauteur de vue et sa capacité à garder une vision globale tout en intervenant avec précision.
– Un objet connecté ? Le smartphone. Un outil central, symbole d’agilité et de réactivité.
– Un super pouvoir ? La clarté. La capacité de distinguer l’essentiel, de simplifier des situations complexes et de prendre des décisions lucides dans l’incertitude.
– Un livre… ? « De la guerre » de Carl von Clausewitz. Une réflexion sur la complexité, l’incertitude et l’écart entre la théorie et la réalité — des notions qui résonnent directement avec les enjeux du management et de la transformation.