“Les Grandes entreprises paient moins rapidement qu’elles n’encaissent!”

Webinaire - Coopération économique suisse au Maroc

C’est un webinaire centré sur une des préoccupations majeures des entreprises qu’a organisé la CCSM, le 14 avril 2021 : les délais de paiement. Malgré une amélioration globale du comportement des Entreprises et Établissements Publics (EEP), les différents intervenants qui représentent toutes les parties prenantes de la problématique, ont tiré la sonnette d’alarme. Une situation accentuée par un contexte covid-19, marqué par une baisse généralisée des activités.

Les délais de paiement sont depuis bien trop longtemps une préoccupation majeure des entreprises au Maroc. Et la crise sanitaire qui a fortement impacté l’activité économique participe à accentuer l’inquiétude des opérateurs économiques et notamment les plus petits. C’est dans ce contexte anxiogène que la Chambre de Commerce Suisse au Maroc (CCSM) a tenu, le 14 avril dernier un webinaire intitulé “Délais de paiement : Situation et Plan de sauvetage”. Ont participé à cet événement animé par le Président de Chambre, Christophe de Figueiredo: Amine Diouri, Directeur Etudes & Communication d’ Inforisk, spécialiste du renseignement commercial sur les sociétés marocaines; Ahmed Belfahmi, chef de division à la Direction des Entreprises Publiques et de la Privatisation (DEPP) et Hicham Alaoui Bensaid, directeur Général d’Euler Hermes ACMAR.

Les TPE, principales victimes 

La petite ou moyenne entreprise (PME) ne souffre pas dans les mêmes ordres de grandeur que la TPE, en matière de délais de paiement. Du côté des grandes entreprises, la situation est assez paradoxale, dans la mesure où les délais fournisseurs sont au-dessus des délais clients, en l’occurrence, la grande entreprise paye plus tardivement qu’elle ne reçoit son argent”. Le constat de Amine Diouri est sans appel et pourrait se résumer ainsi : « en termes de délais de paiement dans le secteur du privé, c’est la loi du plus fort ! Et c’est ce qui explique que le crédit inter-entreprise s’est situé au-delà de 400 milliards de dirhams (MMDH) en 2019, dépassant l’encours de crédit desservi aux entreprises non financières privées depuis plus de dix ans. Une situation ironique où les délais de paiement deviennent ainsi la première source de financement des entreprises marocaines.

Et la crise sanitaire n’a rien arrangé. Bien au contraire, la situation a empiré. “Les entreprises ont eu beaucoup plus de difficultés à retrouver leurs créances et les délais de paiement se sont encore allongés de 40 à 49 jours”, souligne le spécialiste du renseignement commercial sur les sociétés marocaines. Et pour Amine Diouri, si certaines entreprises ont été résilientes et ont réussi à surmonter la crise de 2020 en matière de défaillances, c’est seulement grâce aux aides de l’Etat, notamment à travers Damane Relance, Damane Oxygène, etc.

L’Etat multiplie les mesures pour faire respecter la loi

Les établissements et les entreprises publiques (EPP) constituent la principale composante de l’Etat, en termes de commandes publiques et d’investissements. Et les limites de leurs performances de paiement impactent directement la croissance économique, mais aussi les grands chantiers et projets lancés par l’Etat. Selon Ahmed Belfahmi, ces limites concernent notamment l’extension du portefeuille public, la concentration des performances et faiblesses des transferts vers l’Etat, le risque de surendettement, ainsi que la dépendance du Budget Général de l’Etat (BGE) et l’essoufflement des modèles économiques. «C’est dans ce sens que le ministère de l’Économie, des finances et de la réforme de l’administration a mis en place des actions concrètes, à même de maitriser les délais de paiement des EEP, avec comme défi le maintien de la tendance positive de ces délais en plus d’aider les TPE et PME à dépasser les difficultés de trésorerie», a soutenu le chef de division à la Direction des Entreprises Publiques et de la Privatisation (DEPP). Parmi la batterie de mesures mises en oeuvre par le ministère, on compte l’accompagnement des EEP via l’accélération des transferts budgétaires du BGE et l’activation des procédures d’apurement de leur crédit de TVA, ainsi que le suivi des différentes réclamations des fournisseurs déposées au niveau de la plateforme AJAL.

L’Observatoire de délais de paiement fait aussi partie de ces mesures. La nouvelle instance a pour rôle de fédérer l’ensemble des efforts des différentes parties prenantes institutionnelles de la problématique telles que l’Etat, la CGEM, Bank Al Maghreb ou encore la Trésorerie Générale du Royaume. Parmi ses missions phares, il s’agit d’instaurer des sanctions pécuniaires contre les entreprises qui dépassent les délais légaux. “L’objectif n’est pas de générer de la recette, mais de forcer le respect des lois. La preuve, le fruit de ces recettes est dédié à un fonds public dont la mission est de soutenir l’entrepreneuriat”, clarifie Ahmed Belfahmi.

De l’importance d’un bon système de prévention des risques

En pleine période de pandémie, le risque de non-paiement a mécaniquement augmenté dans des proportions très substantielles, se traduisant au Maroc notamment par une projection de hausse des défaillances des entreprises”, lance, d’emblée le directeur Général d’Euler Hermes ACMAR, Hicham Alaoui Bensaid, lors de son intervention. Pour l’expert, il est impératif de disposer d’un bon système de prévention des risques, afin d’apporter une réponse adéquate et proportionnée à la conjoncture actuelle. « C’est autant notre engagement en matière de prévention structurelle des risques que notre solvabilité financière ainsi que celle de nos actionnaires, qui nous ont permis d’allier amont et aval de la chaine de valeur, apportant ainsi un certain confort dans une conjoncture tellement incertaine», a-t-il assuré.

A l’issue des différentes interventions, le Président de Chambre, Christophe de Figueiredo a animé une session de questions/réponses. Un exercice qui a montré l’intérêt de l’assistance pour ce sujet vital pour nos entreprises.

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Juillet, 2021

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