Maroc : Valorisation des déchets et éveil des consciences

Maroc : Valorisation des déchets et éveil des consciences

Outre l’aspect environnemental, la valorisation des déchets a une importance majeure dans le développement d’une économie verte, induisant des effets directs sur la croissance et la création d’emplois durables. Dans ce cadre, la Chambre de Commerce Suisse au Maroc (CCSM) a organisé un webinaire intitulé : « Valorisation des déchets au Maroc : Quelles solutions durables pour nos villes ? ».

Fidèle à son rôle de soutien et de promotion des relations économiques entre le Maroc et la Suisse, la CCSM a organisé son deuxième webinaire le 14 septembre dernier sous le thème : « Valorisation des déchets au Maroc : Quelles solutions durables pour nos villes ? ». Près d’une centaine de personnes ont rejoint cette rencontre virtuelle animée par Christophe de Figueiredo, Président de la CCSM et Pierre-Yves Morier, Chef de mission adjoint et Conseiller à l’Ambassade de Suisse au Maroc. Un événement plein d’enseignements qui a pu compter sur la participation de plusieurs personnalités* à l’instar de l’invité d’honneur, Aziz Rabbah, Ministre de l’Energie, des Mines et de l’Environnement.

« Le débat sur la valorisation des déchets s’impose aujourd’hui et dans les années à venir pour diverses raisons. Les villes sont en quête d’un véritable business modèle. Le modèle économique actuel de la gestion des déchets reste limité. Il est nécessaire d’encourager le développement d’écosystèmes porteurs d’une solution intégrée, en mettant en place une synergie collaborative autour des principes de l’économie circulaire. Le Maroc est en quête de technologies avancées en matière de gestion des déchets et de développement urbain. Il existe une réelle volonté qui implique un bon nombre de compétences marocaines qui s’efforcent de trouver des solutions durables au problème des déchets dans notre pays. Nous avons également besoin de nouer des joint-ventures avec nos homologues suisses pour développer une économie verte, créatrice de valeur ajoutée ». C’est avec ces mots que Aziz Rabbah, Ministre de l’Energie, des Mines et de l’Environnement a ouvert ce rendez-vous virtuel.

Un programme national

Pour faire face à cette problématique, le Maroc s’est doté en 2019 d’une stratégie nationale qui changera complètement la donne en matière de gestion des déchets dans les années à venir. Dénommée Stratégie nationale de réduction et de valorisation des déchets (SNRVD), elle devrait permettre la création de 25000 emplois et la contribution à hauteur de 2% au Produit Intérieur Brut (PIB).

Pour Mohamed Benyahia, Secrétaire Général du département de l’Environnement, la stratégie nationale s’appuie sur des axes déclinés en plusieurs actions. « Il s’agit avant tout de renforcer le cadre législatif et réglementaire relatif à la réduction et à la valorisation des déchets, de financer la gestion durable des déchets, de développer une économie circulaire favorable à la création d’emplois verts, d’instaurer un système de tri sélectif des déchets, de mettre en place des filières industrielles de valorisation écologiquement rationnelle des déchets, de promouvoir la Recherche & développement, ou encore de mener des campagnes de communication et de sensibilisation », a précisé l’intervenant. 

Cette stratégie est appuyée par les acteurs environnementaux nationaux, notamment la Coalition pour la Valorisation des Déchets. « Véritable instance de concertation et de proposition, la COVAD offre un cadre de partenariats national et international pour des actions concrètes visant à accélérer les efforts déployés », précise Mohamed Chaïbi, Président de la COVAD.

Dans ce cadre, Mohamed Chaïbi a énoncé l’ambition de la Coalition de transformer les déchets en ressources énergétiques, affirmant que leur gestion doit être considérée par toutes les composantes de la société.

Suisse, de l’élimination à la valorisation

En matière de gestion des déchets, la Suisse a veillé ces dernières décennies à assurer une destruction qui soit la plus respectueuse de l’environnement possible, en s’engageant notamment dans une réduction efficace à travers l’optimisation du recyclage. Pour Edi Medilanski, conseiller politique à l’Office Fédéral de l’Environnement Suisse, « la participation de la Suisse à la protection du climat dans les pays en voie de développement générera des opportunités d’exportations intéressantes grâce aux transferts de technologies, de connaissances et de fonds. Parallèlement, la Suisse contribuera à la stabilité économique et sociale de ces pays en soutenant un développement durable et pauvre en carbone ».

A cet effet, la Fondation pour la protection du climat et la compensation de CO₂(KliK) encourage, en Suisse et à l’international, des projets qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre, contribuant ainsi de manière active à une protection durable du climat. « Pour la période 2021-2030, la loi CO2 stipule que la Fondation KliK acquière des réductions d’émissions à l’étranger pour un volume d’environ 34 millions de tonnes CO2e », indique Gaëlle Fumeaux, co-responsable pour la Suisse à la Fondation KliK.

Partage d’expériences

La valorisation des déchets reste peu exploitée au Maroc. A travers sa filiale Geocycle Maroc, LafargeHolcim Maroc compte bien renforcer sa position sur ce marché promis à un bel avenir. Ménagers, industriels, médicaux… Presque tous les types de déchets sont valorisés dans les plateformes de Geocycle dont la capacité globale de traitement dépasse les 200 000 tonnes par an. « Geocycle Maroc dispose d’un site unique en son genre. Le site Oum Azza, dans la région de Rabat, permet de traiter d’une façon durable des déchets ménagers en utilisant un système de broyage et de bio-séchage afin de produire un combustible solide de récupération, une alternative au combustible fossile importé », explique Hind Baddag, Directrice chez Geocycle Maroc.

A travers cette expérience, le Groupe a développé dans le cadre d’un partenariat R&D, une solution technique innovante et accessible aux pays émergents. Côté perspectives de développement, l’entreprise prévoit de s’attaquer aux catégories de déchets qui nécessitent des traitements élaborés afin d’y apporter une solution locale.

Pour Abla Benslimane, Directeur Corporate Affairs chez Philip Morris, protéger l’environnement et lutter contre l’abandon des détritus demeurent parmi les axes de la stratégie de développement durable du groupe. « La minimisation des déchets générés par nos sites de production, la réutilisation et le recyclage des matériaux ainsi que l’élimination responsable des déchets sont au cœur même de notre stratégie d’entreprise et au sommet de nos priorités en matière de durabilité », précise l’intervenante. En effet, 98% des usines du groupe sont certifiées ISO 14001.

*Les intervenants

  • Aziz Rabbah, ministre de l’Energie, des Mines et de l’Environnement
  • Edi Medilanski, conseiller politique à l’Office fédéral de l’environnement Suisse
  • Gaëlle Fumeaux, co-responsable pour la Suisse à la Fondation pour la protection du climat et la compensation de CO₂ (KliK)
  • Mohamed Chaïbi, Président Coalition pour la Valorisation des Déchets (COVAD)
  • Abla Benslimane, Directeur Corporate Affairs chez Philip Morris
  • Hind Baddag, Directrice chez Geocycle Maroc
  • Mohamed Benyahia, Secrétaire général du département de l’Environnement au ministère de l’Energie, des Mines et de l’Environnement

3 questions à Abla Benslimane, Directeur Corporate Affairs, Philip Morris

Comment est né ce concept au sein de l’entreprise ?

Le développement durable a toujours fait partie de l’ADN de PMI. Cependant dans le cadre de la transformation de notre entreprise, la durabilité est désormais au cœur de notre stratégie. En d’autres termes, PMI promeut une vision intégrée de durabilité tout au long de sa chaîne de valeur et de son activité commerciale. C’est pourquoi les questions environnementales sont une partie inhérente de nos priorités. Pour nous, la durabilité commence par la prise de toutes les mesures possibles pour remplacer les cigarettes par des alternatives moins nocives, sans fumée, pour concrétiser notre vision d’un avenir sans fumée. Nous savons que nous ne pouvons pas réussir à long terme sans rendre notre entreprise plus durable, et la durabilité ne peut être atteinte sans transformation. Il s’agit de changer la nature même de notre entreprise et de nos activités.

Quelle est la stratégie de Philip Morris en la matière ?

Grâce à l’innovation, une science de pointe et des investissements substantiels, PMI a développé une gamme de produits sans fumée qui ont le potentiel de réduire de manière significative les méfaits associés au tabagisme. Notre ambition est d’arrêter complètement la vente de cigarettes, tout en offrant aux fumeurs des alternatives à risque réduit et qui sont développées sur des bases scientifiques. Pour PMI, il s’agit d’une approche globale qui inclut l’impact sur la société, le respect de l’environnement et des personnes concernées, et enfin la création d’une valeur à long terme pour toutes les parties prenantes, qu’il s’agisse d’opérer avec excellence, comme en matière de gestion durable de la chaîne d’approvisionnement, de prendre soin notamment d’un point de vue socio-économique des personnes avec lesquelles on travaille, ou de veiller à la protection et la préservation de l’environnement à travers la protection climatique, la prévention des déchets, etc. Pour cela, on a mis au point 25 paramètres (business transformation metrics) pour mesurer et évaluer nos progrès. Ces paramètres sont publiquement disponibles illustrant l’affectation de nos ressources et également les progrès que nous réalisons. Par exemple, nous sommes fiers d’être reconnus comme un leader mondial pour notre action d’entreprise sur le changement climatique. En 2020, pour la sixième année consécutive, PMI a été inscrite sur la liste Climat A du CDP (Carbon Disclosure Project) pour son action globale de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’atténuation du changement climatique et pour la transparence de ses pratiques de reporting.

Quelles sont les actions mises en place dans le cadre de cette stratégie?

Nous nous sommes engagés à réduire les déchets de mégots de cigarettes et nous étendons nos programmes pour traiter cette question. Notre objectif est d’apporter des améliorations tangibles et mesurables au problème des mégots de cigarettes, d’être acceptés comme faisant partie de la solution au problème des déchets et d’être reconnus comme un partenaire fiable et engagé dans la mise en œuvre de programmes efficaces de lutte contre les déchets. En 2019, PMI a également mis en place une boîte à outils pour le développement et la mise en œuvre de campagnes efficaces de lutte contre les déchets de mégots de cigarettes, comprenant des mesures, un suivi, un engagement et des rapports.

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Octobre, 2020

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