Interviews exclusives

En ce début d’année, Swisseco a recueilli les aspirations et les ambitions de S.E Guillaume Scheurer, Ambassadeur de Suisse à Rabat et de Sami Zerelli, Président de la Chambre de Commerce Suisse au Maroc. Regards croisés …

« Avec la Chambre, nous devons développer une cohérence commune. »

S.E Guillaume Scheurer, Ambassadeur de Suisse à Rabat

Vous avez pris vos fonctions en septembre dernier, quelles sont vos premières impressions du pays ? Qu’est-ce qui caractérise le Maroc selon vous ?

En réalité, il ne s’agit pas de mes premières impressions. J’ai déjà eu la chance de venir plusieurs fois au Maroc, notamment quand j’avais 18 ans. J’avais voyagé en sac en dos et ce qui m’avait marqué à l’époque c’était la puissance olfactive du pays, ses goûts, ses senteurs et parfums, ainsi que bien sûr ses extraordinaires paysages… Aujourd’hui, c’est avec un tout autre regard, celui de diplomate et d’homme un peu plus âgé, que je le redécouvre. Ce que je ressens, c’est un pays chaleureux, un pays ami, un pays inspirant. Pour moi, c’est vraiment un pays avec une énergie particulière qui vient du sol, de cette terre ocre que j’aime tant. Les impressions de ma jeunesse se confirment aussi aujourd’hui, et c’est un réel plaisir pour moi d’être ici. Depuis mon arrivée, la gentillesse et le sens du partage des Marocains m’ont particulièrement touché. J’ai vécu plusieurs expériences significatives dans ce sens et je me suis dit, de manière générale, ‘nous Européens, Suisses, avons beaucoup à apprendre de ce savoir-vivre par rapport à l’autre, de cette relation et de cette générosité envers autrui, surtout lorsqu’il ne fait pas partie de notre cercle privé’.

Certaines de vos expériences passées sont-elles transposables au Maroc ?

J’ai été à des postes très différents les uns des autres, et, à chaque fois cela a constitué un enrichissement. Mais que ce soit en République Islamique d’Iran, en Afrique du Sud, en Autriche, aux Etats-Unis, en Ukraine et au Maroc maintenant, le cœur de ma mission, en tant que représentant officiel de mon pays, est le même : entrer en contact avec les locaux dans tous les domaines possibles et à tous les niveaux. Des contacts qui sont forcément multiples, multiformes et multidimensionnels.

Au Maroc, il est un peu tôt pour me prononcer, mais ce que je ressens, c’est une très forte immédiateté, des régions, comme en Suisse, avec des identités marquées, une réalité économique forte et un potentiel très prometteur ainsi qu’une unité patriotique dans le sens le plus noble du terme. Un pays multilingue, comme la Suisse, avec une africanité généreuse et ancestrale, et une histoire séculaire puissante. Mon rôle est aussi de mieux faire connaître toutes ses spécificités en Suisse.

Avez-vous déjà défini vos priorités au Maroc ? Si oui, quelles sont-elles ?

 Les priorités doivent être bilatérales et discutées avec mes collègues marocains. Mais le point central, c’est le dialogue. C’est à partir de là qu’on peut enclencher des projets communs, d’améliorations, bénéfiques pour nos citoyens et citoyennes. Une autre de mes priorités, c’est clairement la continuité. Nous avons une ambassade qui, à la manière d’une équipe de football, ne peut pas gagner seule. Notre équipe aujourd’hui est au top, mais pour glaner d’autres succès nous avons besoin de partenaires.  En cela, la Chambre de Commerce Suisse au Maroc est un allié privilégié. Tous les Suisses qui vivent au Maroc sont aussi bien plus que des « supporters » : ce sont de formidables relais et de remarquables partenaires ! Mon objectif est donc d’entrer en contact avec l’ensemble de ces acteurs et d’avoir des interactions avec eux. J’ai à cœur également de favoriser et encore améliorer les relations économiques : à la fois les investissements suisses au Maroc et l’inverse, mais aussi les exportations, les importations. J’aimerais aussi partager l’expérience suisse dans le domaine de l’éducation, de la formation professionnelle et de l’apprentissage où nous figurons parmi les meilleurs au monde. Le domaine du tourisme durable constitue aussi une priorité où nous pouvons certainement coopérer.

Par ailleurs, la culture est à mes yeux un élément central de la diplomatie. La Suisse a une diplomatie culturelle très active dans de nombreux pays. Le Maroc est un pays hautement culturel et je vois que la scène culturelle marocaine est très forte. Mon ambition est de développer plus de présence suisse dans ces enceintes et amener une présence culturelle marocaine plus forte en Suisse. Quoi qu’il en soit, mon ambition est que toutes ces actions aient un impact concret, même s’il reste modeste.

 La Chambre de Commerce a l’ambition de développer encore plus de synergies avec l’Ambassade et les institutions suisses (SECO, S-GE…). Êtes-vous en accord avec cette vision ?  Comment l’Ambassade peut-elle contribuer concrètement à sa mise en œuvre ? 

 Je suis totalement en accord avec la vision de la Chambre et je tiens d’ailleurs à saluer M. Zerelli pour son dynamisme. Je suis ravi d’avoir ce partenaire à Casablanca et c’est une grande première pour moi d’avoir une Chambre dans le cadre de mes missions. Une Chambre très active en plus !

Je suis convaincu que le développement des synergies est une nécessité. Nous sommes trop petits pour ne pas chercher les points d’ancrage, les contacts et la cohérence de nos actions ! Trouvons donc ensemble des synergies ayant un impact utile, à la fois aux entreprises suisses qui sont déjà actives au Maroc, et le cas échéant à de nouvelles venues. Ce travail a déjà bien commencé et j’en suis très heureux.

Nous avons convenu de développer une cohérence commune, de mettre l’accent sur l’échange et de communiquer régulièrement afin de générer des actions concrètes et cohérentes dans le but d’attirer les acteurs suisses au Maroc.

L’Ambassade endosse souvent le rôle d’une courroie de transmission. On ne trouve pas toujours beaucoup de noblesse dans les courroies de transmission, mais elles sont indispensables ! Nous sommes les représentants de l’ensemble de l’administration suisse et notamment du ministère de l’Economie (SECO) pour l’ensemble du Royaume. Nous sommes aussi l’interlocuteur privilégié de l’organisation « Switzerland Global Entreprise » (S-GE). Mais nous sommes aussi en contact avec Economie Suisse et Swiss-African Business Circle.A travers ces interactions, notre ambition aujourd’hui est de replacer le Maroc, en Suisse, au centre du radar économique. Notre rôle est de mieux expliquer à ces acteurs le rôle de la Chambre comme partenaire privilégié. Si nous y parvenons, cela aura beaucoup d’impacts positifs.

 Quelles sont vos propositions pour fluidifier la coopération ? Comment l’Ambassade peut-elle intervenir pour rapprocher les institutions suisses et la Chambre de Commerce ?

 De manière générale, un travail de connaissance est à faire en premier lieu : mieux découvrir la Chambre, mais aussi les entreprises membres afin d’avoir une vue d’ensemble complète et exploitable.

Il est primordial également de visiter les grandes infrastructures nationales, et d’aller à la rencontre des entités marocaines qui œuvrent dans les secteurs financiers, de l’assurance, de l’industrie, du tourisme, de la formation, … J’ai déjà eu la chance de visiter de nombreuses entreprises et usines suisses actives au Maroc : je suis très impressionné de la qualité et du savoir-faire développés au Maroc.

Ensuite, nous pourrons retranscrire tout cela auprès des décideurs suisses et organiser des rencontres. L’objectif est de déployer une coopération triangulaire et solide entre la Chambre, l’Ambassade et les entités suisses.

Pour fluidifier la coopération, nous devons travailler ensemble. Je crois que l’expérience du Siam 2019 a été un excellent modèle. Organiser des évènements communs, des visites de délégations, nous permettra d’atteindre cet objectif.

Différents MOU ont été signés entre nos deux pays dans divers domaines. Comment l’Ambassade peut-elle accompagner la Chambre et les entreprises suisses dans l’application efficace de ces accords ?  

Ces accords sectoriels ont été conclus durant l’année passée principalement. Maintenant, il s’agit avec les autorités marocaines mais aussi d’autres acteurs comme la Chambre, d’analyser s’il y a des pistes qui permettent à des entreprises suisses ou marocaines de faire un travail concret.

En parallèle, il est important de continuer à travailler sur les domaines d’excellence de la Suisse qui pourront à terme engendrer des projets communs :

Par exemple, en termes d’éducation, secteur dans lequel nous sommes très actifs, nous allons organiser la visite en Suisse de Said Amzazi, Ministre de l’Education, en mars 2020. Je pense aussi au secteur de l’hydraulique et notamment à l’entretien des barrages, et à tout ce qui concerne les énergies renouvelables et notamment au photovoltaïque. De nombreux autres champs d’actions sont à explorer, nous devons donc éveiller les appétits ! Alors, maintenant, au travail.

« Continuité, dialogue et dynamisme, seront les piliers de notre coopération avec l’Ambassade »

Sami Zerelli, Président de la Chambre de Commerce Suisse au Maroc

  Après plus de 25 ans de présence au Maroc dont plus d’une décennie à la tête de la Chambre de Commerce Suisse, quel est votre regard sur le Maroc ? Y a-t-il aujourd’hui un élément différenciateur du Maroc qui ressort particulièrement selon vous ?

Depuis mon arrivée, le Maroc me surprend sans cesse, et ce à différents niveaux. Qu’il s’agisse de décisions politiques, du développement de ses infrastructures – je pense notamment au port de Tanger Med, au TGV -, mais aussi à l’université de Ben Guérir, qui collabore d’ailleurs avec des institutions suisses, et dans un autre domaine à Casablanca Finance City. Le Maroc avance vite, il est devenu un hub d’affaires, logistique et financier vers l’Afrique. Fait remarquable, le pays se développe sans pour autant perdre son authenticité et ses traditions. Il suffit d’observer l’attachement et la fidélité des ressortissants marocains vivant à l’étranger. Souvent après deux générations, certaines traditions se perdent. Au Maroc, l’affection est toujours là.

Ce qui me marque le plus ici…La capacité à faire cohabiter les paradoxes dans une atmosphère sereine. Malgré des différences à plusieurs égards, le dialogue prime toujours. Le Maroc est un pays de solutions. J’ai souvent entendu cette phrase « Au Maroc tout est compliqué mais rien n’est impossible » et je trouve que cela le caractérise. D’ailleurs, je recommande sans cesse aux opérateurs suisses d’échanger, d’apprendre et de s’adapter.

Quelles sont vos priorités pour la Chambre ?

Forte d’un historique concluant et fructueux, la Chambre a exposé ses axes stratégiques lors de son dernier conseil, qui se tenait pour la première fois en présence de notre nouvel Ambassadeur à Rabat, Son Excellence Guillaume Scheurer.

L’un des axes majeurs est notre volonté d’ouverture. Nous souhaitons associer toutes les activités suisses à l’activité économique, afin de présenter « l’offre » suisse comme un ensemble. Nous sommes d’ailleurs en train de réaliser un répertoire qui liste toutes les activités suisses au Maroc.

Nous avons aussi décidé d’accentuer notre collaboration avec les institutions publiques marocaines et suisses. Au Maroc, nous ciblons les Régions. La politique de régionalisation entamée par le Royaume révèle en effet de nombreuses similitudes avec le modèle suisse en termes d’indépendance budgétaires. Notre défi, trouver des synergies entre les deux modèles. C’est ainsi que la Chambre de Commerce Suisse (CCSM) a signé récemment un accord Cadre de Coopération avec la région de Marrakech Safi, portant notamment sur la formation professionnelle initiale, l’accompagnement des PME, la promotion de l’attractivité économique de la région.

La CCSM ambitionne également de créer des partenariats avec des groupements professionnels au Maroc, à l’image de la convention ratifiée entre le Club des Entrepreneurs Bio (CEBio) et la (CCSM).

Au niveau de la Suisse, nous devons identifier entre autres les possibilités de collaboration avec le SECO, la S-GE…Aujourd’hui, nous avons un nouvel Ambassadeur. Le plus important est de poursuivre la collaboration établie, gagner une confiance mutuelle de fonctionnement, être à son écoute quant à des propositions éventuelles concernant notre stratégie, et avancer main dans la main.

L’ambition de la Chambre est clairement de développer plus de synergies avec l’Ambassade et les institutions suisses (SECO, SGE…). Qu’attendez-vous de vos différents partenaires ?

 Nous attendons un dialogue continu et une participation active de chacun. Nous souhaitons aussi être intégrés tôt aux futurs projets. C’est ainsi que nous réussirons à créer des synergies sans perte de temps ni d’énergie. La communication doit être la pierre angulaire et incontournable de tous nos partenariats et d’autant plus avec l’Ambassade… Par le passé, il a pu arriver que nous ne participions que très peu à certains accords économiques. Nous devons agir ensemble pour rendre notre action plus fructueuse.

Qu’est-ce qui pourrait selon vous fluidifier la coopération ?

Partager et travailler ensemble, entretenir le lien, comme expliqué précédemment nous permettront de rendre bien plus fluide notre coopération. Il est donc nécessaire d’enclencher une dynamique commune en ce sens.

En parallèle, certaines formules ont démontré leur efficacité, je pense notamment aux déjeuners, organisés par l’Ambassade, rassemblant la communauté d’affaires suisse.  Ces rencontres extrêmement bénéfiques et génératrices de découvertes et d’opportunités, sans enjeu commercial nécessairement, permettent aux opérateurs économiques suisses d’être à l’écoute et au fait des priorités du gouvernement et d’émettre ensuite des propositions de coopérations adaptées.

Plusieurs MOU ont été signés entre le Maroc et la Suisse dans divers domaines. Comment la Chambre et les entreprises suisses se positionnent-elles dans l’application de ces accords ?

Mon objectif pour la Chambre et pour développer les relations bilatérales, particulièrement d’un point de vue économique, est de créer un environnement global propice aux échanges. Dans ce sens, je souhaiterais que la communauté d’affaires soit associée aux accords en amont, avant leur signature. A propos des MOU signés entre la Suisse et le Maroc, notre objectif est qu’ils soient déclinés en contrats concrets, privé privé ou public privé.

Dans ce sens, la Chambre agira à plusieurs niveaux. Par exemple concernant le MOU relatif à la coopération technique dans le domaine des transports routiers et ferroviaires, nous irons à la rencontre des entreprises locales qui n’ont pas encore été associées au projet. En parallèle, nous organisons une visite de la S-GE (Switzerland Global Enterprise) au Maroc en février prochain pour entrer en contact avec les acteurs du secteur. Visite qui permettra aussi à la S-GE de mieux connaitre les atouts du Maroc en tant que hub financier et logistique vers l’Afrique.

Nous souhaitons également solliciter la S-GE pour faire la promotion de cet accord auprès de ses membres, ensuite identifier ceux qui pourraient se greffer au projet et même imaginer la création d’une délégation d’affaires.

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Juillet, 2020

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