Swisseco n° 44 – 3 questions à… Mme Samia Terhzaz, Directrice Générale Déléguée de la CGEM

3 questions à… Mme Samia Terhzaz, Directrice Générale Déléguée de la CGEM
A l’occasion du Morocco – Switzerland Economic Forum organisé à Zurich les 22 et 23 en avril dernier, les communautés d’affaires marocaine et suisse ont réaffirmé leur volonté commune de renforcer les passerelles économiques entre les deux pays. Dans un contexte marqué par l’accélération industrielle du Maroc, les enjeux de transition énergétique et les nouvelles dynamiques technologiques, les opportunités de coopération bilatérale apparaissent de plus en plus concrètes.
Pour SWISSECO, Samia Terhzaz, Directrice Générale Déléguée de la CGEM, revient sur les secteurs les plus porteurs, les leviers activés pour renforcer l’attractivité du Maroc auprès des investisseurs suisses, ainsi que les conditions nécessaires pour permettre aux PME de bénéficier pleinement de cette dynamique.
Quels sont aujourd’hui les secteurs où le potentiel de coopération entre le Maroc et la Suisse est le plus immédiatement actionnable ?
Le Forum économique Maroc-Suisse organisé à Zurich par Economie Suisse et la CGEM, nous a permis de confirmer ce que nous pressentions : la complémentarité entre les économies marocaine et suisse est réelle et elle crée des fenêtres d’opportunités. Les secteurs où nous voyons le potentiel le plus immédiatement activable sont, en premier lieu, les énergies renouvelables.
Le Maroc s’est fixé un objectif ambitieux de plus de 52 % de capacité installée d’ici à 2030, et les entreprises suisses, reconnues pour leur expertise en technologies propres, en ingénierie de précision et en solutions de stockage énergétique, ont clairement un rôle à jouer dans cette transition. C’est un secteur où les besoins marocains et les savoir-faire suisses se rencontrent de manière naturelle et immédiate.
L’industrie avancée et l’aéronautique constituent également des domaines à fort potentiel. Le Maroc est aujourd’hui leader africain à l’export dans l’automobile et son écosystème aéronautique compte plus de 140 entreprises. Ce tissu industriel mature appelle des partenariats en matière de sous-traitance, de montée en gamme technologique et de transfert de compétences, autant de domaines où les entreprises suisses excellent.
Les infrastructures représentent un autre axe prioritaire. Le Maroc est engagé dans des chantiers d’envergure, notamment dans le cadre de la préparation de la Coupe du Monde 2030, qui mobilisent des investissements massifs dans les transports, la logistique et l’urbanisme. Les entreprises suisses spécialisées dans l’ingénierie et les solutions urbaines intelligentes y trouveront des opportunités significatives.
Enfin, les nouvelles technologies et la transformation numérique sont un domaine naturel de collaboration : la Suisse possède un savoir-faire reconnu dont le Maroc a besoin pour moderniser et faire monter en gamme son industrie et ses services.
Quels leviers la CGEM entend-elle activer pour transformer le positionnement stratégique du Maroc en investissements concrets pour les entreprises suisses ?
Notre rôle à la CGEM est précisément de faire le lien entre le positionnement stratégique du Maroc, plateforme industrielle et financière de premier plan en Afrique, porte d’entrée vers un marché de plus de 1,5 milliard de consommateurs, et les décisions d’investissement concrètes des opérateurs étrangers, notamment suisses.
Pour cela, nous travaillons sur plusieurs leviers. D’abord, la mise en relation directe entre entreprises, comme nous l’avons fait à Zurich avec les sessions de networking et la présentation de Casablanca Finance City.
Ensuite, la diffusion d’une information fiable et actualisée sur les fondamentaux du Maroc notamment liés au climat des affaires : une croissance soutenue, une inflation maîtrisée, une stabilité institutionnelle et réglementaire qui offrent une visibilité réelle aux investisseurs.
Enfin, nous travaillons à inscrire cette dynamique dans la durée : l’organisation d’une mission d’entreprises suisses au Maroc en 2027, évoquée lors du forum, en est l’illustration directe. Il ne s’agit pas de multiplier les événements, mais de construire des partenariats sur le long terme.
Comment faire en sorte que les PME bénéficient, elles aussi, concrètement, de ces dynamiques bilatérales ?
Pour la CGEM, cette question est centrale. Les PME représentent 95 % de nos membres et elles sont plus concernées par l’internationalisation.
Notre conviction profonde est que l’accès aux marchés étrangers ne peut pas reposer uniquement sur les capacités individuelles de chaque entreprise. Une PME marocaine, aussi compétitive soit-elle, ne dispose pas toujours des ressources humaines, financières ou informationnelles pour identifier un partenaire suisse, comprendre son environnement réglementaire et engager une relation commerciale durable. C’est précisément là que la CGEM intervient.
Notre rôle est d’être un agrégateur et un facilitateur. Nous portons collectivement des messages que les entreprises ne peuvent pas porter seules, nous créons des passerelles institutionnelles, et nous organisons des mises en relation ciblées.
Cela passe par l’intégration systématique des PME dans les missions économiques, par le développement d’outils pratiques d’accompagnement à l’export, à la recherche de partenaires et à la compréhension des marchés cibles.
L’enjeu, in fine, est de faire en sorte que les accords conclus au niveau institutionnel se traduisent par des opportunités concrètes sur le terrain, y compris pour des PME régionales qui n’ont pas encore exploré le marché suisse, mais qui disposent du potentiel nécessaire pour s’y développer.