Swisseco n° 28 – 3 questions à Youssef TBER : Comprendre la nouvelle Charte de l’Investissement

Karim Tir, Directeur Général ABB Maroc

Youssef TBER, Directeur de l’Investissement et de l’Export – AMDIE

Dans la nouvelle rubrique « 3 questions à… », dont l’objectif est de décrypter des thématiques à fort intérêt pour nos lecteurs, nous nous sommes intéressés à la nouvelle Charte de l’Investissement déployée par le Maroc. Youssef TBER, Directeur de l’Investissement et de l’Export au sein de l’Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations (AMDIE) nous en livre les enjeux et revient sur comment la nouvelle Charte facilite l’acte d’investir et vise à améliorer le climat des affaires. Entretien.

Le Maroc s’est doté d’une nouvelle Charte de l’Investissement. Quels sont les enjeux et objectifs de cette charte ? 

Lors du Discours prononcé le 14 octobre 2022, à l’occasion de l’ouverture de la session parlementaire, Sa Majesté Le Roi Mohammed VI, que Dieu l’Assiste, a de nouveau insisté sur l’investissement comme moteur de développement économique et social, fixant l’objectif de 550 Milliards de MAD d’investissement et de 500.000 nouveaux emplois sur la période 2022-2026.

Le projet de loi Cadre 03-22 formant la charte d’investissement, proposé par le gouvernement et approuvé par la Chambre des Représentants, le 18 octobre 2022, est un élément clef pour atteindre ces objectifs. La charte de l’investissement a pour ambition d’inverser la répartition actuelle entre l’investissement public et l’investissement privé afin de porter ce dernier aux deux tiers de l’investissement total à l’horizon 2035, conformément à l’esprit du Nouveau Modèle de Développement.

La nouvelle Charte de l’Investissement a des orientations claires. Elle offre à la fois un cadre lisible et transparent, incitatif et attractif. Elle s’adresse à tous ceux qui souhaitent participer à cette nouvelle phase de développement du Royaume, à tous ceux qui se projettent dans un avenir prometteur. La Charte s’adresse à tous les investisseurs, de la TPME au grand groupe, aux investisseurs nationaux ou étrangers ainsi qu’aux entreprises marocaines souhaitant se développer à l’international.

Cette nouvelle Charte introduit une véritable rupture dans l’accompagnement et l’incitation à l’investissement. Elle permettra de développer les métiers existants mais également d’attirer les investisseurs nationaux et internationaux vers de nouvelles activités à fort potentiel.

En plus de soutenir directement les investissements, la Charte prévoit de poursuivre l’amélioration de l’environnement des affaires, consolidant le climat de confiance qui fait du Maroc une terre propice à l’investissement et à l’entrepreneuriat.

« À travers des mesures ayant trait à la simplification administrative, à l’accès au foncier ou encore à l’amélioration des conditions de financement, la nouvelle Charte de l’Investissement a pour objectif de faciliter l’acte d’investir en simplifiant le parcours de l’investisseur. »

Comment la Charte de l’Investissement facilite-t-elle l’acte d’investir au Maroc ?

Nous voulons instiguer une nouvelle façon d’entreprendre et de prendre des risques. C’est pourquoi la simplification des procédures, la simplification de l’acte d’investir sont au cœur de la Charte pour insuffler l’impulsion nécessaire à notre économie.

À travers des mesures ayant trait à la simplification administrative, à l’accès au foncier ou encore à l’amélioration des conditions de financement, la nouvelle Charte de l’Investissement a pour objectif de faciliter l’acte d’investir en simplifiant le parcours de l’investisseur.

La nouvelle Charte de l’Investissement instaure un système de soutien complet en s’appuyant sur un dispositif principal à l’investissement et trois dispositifs de soutien spécifiques, pour les projets stratégiques, au développement des entreprises marocaines à l’international et aux très petites, petites et moyennes entreprises. Ces dispositifs de soutien inédits couvrent toutes les catégories de projets et d’acteurs.

Ajouté à cela, un dispositif de primes communes, territoriales et sectorielles a été élaboré, et ces dernières, si elles sont cumulées, peuvent atteindre jusqu’à 30% du montant de l’investissement primable. Il faudra pour cela que le projet d’investissement réponde à un ensemble de critères visant à réaliser nos objectifs de développement socio-économiques. Les dispositifs prévoient notamment d’encourager les investisseurs à contribuer à la création d’emplois stables, à favoriser le genre, la durabilité, l’intégration locale ou encore l’équité territoriale, en offrant des incitations plus attractives pour répondre aux enjeux des différentes provinces et préfectures du Royaume.

Quant aux projets stratégiques, c’est-à-dire les projets à caractère souverain permettant de renforcer l’autonomie stratégique du Royaume, comme les projets dans le secteur de l’industrie de la défense, ils bénéficieront d’un dispositif spécifique.

La Charte de l’Investissement vise également à améliorer le climat des affaires. Comment cela se traduit-il concrètement ?

Ces dernières décennies, le Maroc n’a ménagé aucun effort pour s’engager dans un processus de réforme de grande envergure via la politique des grands projets structurants afin de hisser son climat des affaires au rang des nations les plus performantes au monde.

Il est fort de constater que le Maroc a fait un saut qualitatif en matière d’infrastructures, notamment les réseaux autoroutiers, le train à grande vitesse ou encore le port Tanger-Med. Notre pays dispose de la meilleure infrastructure du continent. Sans oublier la création de zones d’accélération industrielles et de zones d’exportation.

Il n’est donc pas surprenant que le Royaume ait été classé 3e parmi les 50 économies les plus attractives pour les IDE en 2023 par le Financial Times, une référence du monde des décideurs.

La nouvelle Charte de l’Investissement vise à renforcer l’amélioration de ce climat des affaires dans son ensemble et plus particulièrement dans sept chantiers prioritaires, à savoir : la simplification des procédures, la facilitation de l’accès à l’immobilier, le renforcement de la compétitivité logistique, la facilitation à l’accès à l’énergie verte, la mise en place d’offres de formation adaptées, la promotion des activités R&D et l’accès aux nouvelles technologies, et enfin, la diversification des modes de financement.

Ces chantiers stratégiques font partie de la nouvelle feuille de route 2023-2026 pour l’amélioration de l’environnement des affaires du Ministère de l’Investissement, de la Convergence et de l’Evaluation des Politiques Publiques.

Actuellement, nous vivons un véritable moment de bascule. L’intérêt porté au Royaume par les investisseurs internationaux s’est accéléré à l’issue de la pandémie et depuis la crise en Ukraine. En offrant stabilité politique et économique, un accès à une énergie renouvelable abondante et compétitive, une base industrielle qui repose sur des ressources humaines de grande qualité, notre proposition de valeur est exceptionnelle dans ce contexte. Le Maroc dispose d’une jeunesse qualifiée et talentueuse. Les donneurs d’ordres internationaux ne s’y sont pas trompés et voient dans notre capital humain un vecteur de leur croissance future.

Par ailleurs, le Maroc offre du soleil, une ressource verte avec une irradiation parmi l’une des plus importantes au monde et nous avons également du vent avec un facteur de charge exceptionnel. Lorsque l’on combine les deux, nous bénéficions d’une ressource renouvelable extrêmement abondante et compétitive que nous pouvons mettre à disposition, non seulement des opérateurs déjà installés, mais aussi de ceux qui cherchent à justement réduire la facture énergétique. Donc la conjonction de ces deux événements, la crise du Covid-19 et la crise énergétique, fait que les opérateurs qui envisagent d’investir ou d’exporter à partir du Maroc nous perçoivent avec beaucoup plus d’intérêt que par le passé.

Le Maroc se positionne comme une alternative sereine.

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Avril, 2024

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